Marx et la poupée

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Quatrième de couverture :

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan au profit du français qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

Note : 9.5/10

Provenance : 68 premières fois, sélection 2017

Commentaire : Ce livre est une petite pépite.

L'auteur, née en Iran nous raconte son enfance et son exil avec des mots et des phrases d'une intensité telle, que parfois, le livre a semblé me tomber des mains. Je suis passée du sourire aux larmes, mais je me suis bien souvent révoltée devant la description du "non droits" des femmes. Il est demandé à cette petite fille de s'adapter à son pays d'accueil, la France, puis devenue femme, son père lui reproche d'avoir oublié son pays d'origine, l'Iran. Une petite fille qui doit tout abandonner en quittant son pays, qui doit faire face à la violence et qui doit apprendre la solitude. J'ai beaucoup lu de livre sur le sujet, mais le texte de Maryam Madjidi, en exposant ses souvenirs, m'a envouté. Dans ce livre, nous faisons beaucoup d'aller retour dans le temps, passsant d'une année à l'autre, chose que je n'aime pas trop dans un livre. Mais de la façon dont cela est fait, passant aussi du je au il, je me suis laissée portée par la beauté et la sensibilté des mots. 

Bref, ce premier roman est juste MAGNIFIQUE !!!

Extraits :

La petite fille est là. Elle les observe debout sur le perron. Elle se dit que ce jardin contient désormais beaucoup de choses : ses jouet à elle, et maintenant les livres interdits de son père.

 

Tu as le regard perdu, une vulnérabilité se dégage de ton corps. Tu me fais penser à un petit garçon qui a besoin d’être consolé. On te prend toutes les deux dans nos bras maternels et tu exploses en sanglots. Tu pleures tout ce que tu as vu là-bas. tout cela doit couler et sortir de toi et nous, on t’essuie les yeux en silence.

 

J’apprendrais plus tard qu’il s’agit des “Fatmeh Commando” : la milice des bonnes moeurs. Les Fatmeh Commando sont des femmes qui s’attaquent à toute femme mal voilée ou habillée de manière provocante. De “manière provocante” veut dire dans l’intention de violer l’esprit pur et chaste de l’homme qui s'efforce de ne pas être tenter par ces créatures diaboliques mais qui a l’esprit tellement bien placé dans le cul et dans le sexe des femmes que le moindre poil féminin le fait sortir du droit chemin.

 

La petite fille de six ans et sa mère sont à la maison. La petite fille regarde sa mère, qui regarde par la fenêtre. La mère parle de moins en moins. Sa langue est réduite à la communication minimale, aux échanges utiles et vides du quotidien.

 

Première expérience de la solitude : je n’ai personne avec qui jouer.

 

Étrange façon d’accueillir l’autre chez soi. Un contrat est passé très vite entre celui qui arrive et celui qui “accueille” ; j’accepte que tu sois chez moi mais à la condition que tu t’efforces d’être comme moi. Oublie d’où tu viens, ici, ça ne compte plus.

 

Il était une fois

Une petite fille qui cherchait sa langue.

Elle cherchait sa langue lorsqu'elle marchait dans les rues ; elle tendait l’oreille attentivement dans l’espoir de saisir un ou deux mots familiers ;elle observait les gens avec ses grands yeux noirs pour tenter de reconnaître  la musique de sa langue maternelle.

Où est passé la Persan ? se demandait-elle.

 

  • Mais on est en France. Tu n’arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en France, il faut manger des croissants. On est en France, il faut boire du vin. On est en France, il faut aimer le fromage qui pue. on est en France, il faut se comporter comme des Français. Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée maintenant qu’elle refuse d’apprendre et de parler ta langue.

 

  • Oui, tes blessures, tes écorchures, tes cicatrices, c’est le symbole de l’Iran meurtri et abîmé. Tu incarnes cette jeunesse détruite, pas seulement la jeunesse, mais les pays tout entier.

 

“ Oui ma petite Maryam, nous avons quitté l’Iran pour que tu grandisses dans un pays libre et moderne avec une éducation libre et moderne pour que tu deviennes un jour une femme libre et moderne. La bonne blague !”

 

 

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