Et soudain la liberté

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Quatrième de couverture :

Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu'au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C'est la naissance d'une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l'avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s'ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n'a qu'un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu'elle y fera la rencontre d'un certain Fidel Castro...

Et soudain, la liberté, c'est aussi l'histoire d'un roman qui s'écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d'une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s'arrêter en février 2017, au décès d'Evelyne. Rien ne s'arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

Provenance : 68 premières fois édition septembre 2017

Note : 9/ 10

Commentaire : J’ai découvert un personnage totalement inconnu pour moi dans ce livre, mi-document, mi-roman.

Caroline Laurent nous livre l’enfance, et une partie de la vie de femme, d’Evelyne Pisier. En partant de l’Indochine, en passant par la France et par Nouméa, c’est l’histoire fabuleuse, douloureuse, mais tellement passionnante de cette petite fille qui va connaître les horreurs des camps, puis l’émancipation de la femme au travers sa mère, un peu volage, qui fait tout pour sortir de sa condition de femme de l’époque. Le père de famille, lui, fait preuve d’une intolérance envers tous les gens qui ne sont pas comme lui.

La vie de femme de “l'héroïne” est survolée, notamment sur son aventure amoureuse avec Fidel Castro.

Ce récit  intime est rythmé par les commentaires de l’auteur, qui a du, après le décès de sa co-auteur, en début de l’année 2017, réunir des témoignages de l’entourage d'Evelyne Pisier. Il se lit comme une saga au sein d’une famille hors du commun. L’écriture remarquable, de par son style, m’a embarqué dans un moment de lecture fabuleux. J’ai eu un réel plaisir à lire ce roman.

 

Extraits :

“Pour Mona, rien ne valait le spectacle des pousse-pousse aux couleurs criardes ; des marchés grouillant de bêtes et de légumes ; des vendeurs de beignets qui jetaient leur friture dans du papier journal sur le trottoir ; des bicyclettes croulant sous les poules, les cages ou les grenouilles dépecées, funambules qui dansaient sur le fil des voies. C’était l'Indochine des rêves et de l’imagerie d’Epinal - colonie des pauvres.”

 

“La légèreté, qui n’a de léger que le nom tant elle rime avec ce qu’il y a de meilleur dans la vie, repris ses droits.”

 

“ “C’est fou. quand on te répète en permanence qu’il y a des races et que ce sont elles qui fondent les rapports humains … Quand la religion est partout, qu’on t’élève dans l’antisémitisme, la haine des protestants, des homos, des métèques … Comment as-tu fait ? Ta mère ! Elle a grandi avec ces idées-là, elles les a partagées avec son mari… Et puis la rupture. C’est inouï. Comment avez vous fait pour vous affranchir de tout ça ?” Evelyne me ressert un verre de vin en souriant : “C’est tout l'objet du livre non ?””

 

“Simplicité du principe régissant depuis toujours : les femmes sont inférieures aux hommes. Les premières cédaient naturellement aux seconds leur nom, leur patrimoine, leurs corps sans ambitions. Rares étaient celles qui embrassaient un destin individuels.”

 

“La voix de Simon de de Beauvoir avait allumé des feux en elle. Quelque chose se passait. Elle rangea le livre dans son sac et pénétra dans le lagon.”

 

“Nouméa était entrée dans l’hiver austral, rafraichissant l’île de ses zéphirs. Depuis six mois, qu’elle voyait l’Amant en cachette, elle osait affirmer ses désirs. Osait surtout les réaliser.”

 

“Quelle vérité peut produire la fiction ? A l’heure où j'écris, j’ai le sentiment de construire un puzzle. Je possède un certain nombre de pièces, données par Evelyne, par son manuscrit, ses messages, ses paroles.(...) Evelyne avait choisi la fiction, paradis de l’imaginaire, qui est trahison peut-^tre, liberté assurément.”

 

“Tous les soirs, Lucie guettait Fidel, mais depuis leur arrivée à La Havane, il n’avait plus frappé à sa porte. Ainsi sont les héros, imprévisibles et secrets.”

 

 

 

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