Desorientale

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Désorientale de Négar DJAVADI

La narratrice de ce roman est dans une salle d’attente, à l'hôpital Cochin, où elle est en attente d’une insémination artificielle. Elle nous raconte , au fil du livre, comment est née, puis concrétisée, cette idée de bébé.
Dans cette salle d’attente viennent les souvenirs et telle une saga historique qu’elle nous conte, (tel un conte oriental), l’auteur nous livre la vie de 3 générations en Iran. Il y a d’abord ce personnage haut en couleur : Montazemolmolk, qui vit au début du XXème siècle, avec son harem de 52 femmes, son armée et ses nombreux enfants, dont des jumelles. Une de ces jumelles a les yeux bleus comme son père et est prénommé Nour (lumière). Nour est la grand mère de la narratrice.
Nour aura 6 garçons, dont Darius (oncle numéro 4), chaque garçon s’appelant oncle numéro quelque chose, cela qui nous permet de bien les différencier dans l’histoire. Darius vit la révolution de 1979 et  participe activement à celle-ci.
Darius rencontre Sarah à Paris. Ils ont déjà 2 filles. Quand s’annonce une troisième grossesse, pour tout le monde, ce bébé sera un garçon. Mais cette prédiction s’avérera fausse, et Kimia verra le jour. Cette petite fille se sentira différente des autres filles qui l’entourent. Et, un jour sa soeur aînée la traite de “lesbienne”.
Puis vient l'exil, et tout ce qui en découle. 

Dans la deuxième parti du livre, Kimia vit à Paris. Elle est fan de Rock, elle devient Punk et vit une vie assez décousue avec une grande envie de liberté.

Négar Djavadi m’a fait découvrir l’histoire, pourtant assez proche dans le temps, de l’Iran. Ou à travers des personnages fascinants, j’ai suivi l’évolution d’un pays, où la liberté, et notamment celle des femmes est bannie. Mais des personnages qui se battent pour vivre, et passer d’un harem à l’insémination artificielle d’une “lesbienne”, grâce à la rencontre d’un homme séropositif, donneur de sperme, c’est juste un pas de géant dans l’évolution des moeurs de cette famille. 

“Désorientale” est un roman superbement écrit avec une écriture rythmée et fascinante ! J’y ai appris beaucoup de choses sur le pays, comme sur les gens. 

La presse en parle

 

pages des libraires numéro 179

Par JEAN-BAPTISTE HAMELIN, Librairie Le Carnet à spirales, Charlieu

 Si l’Iran m’était conté, j’aimerais qu’il le soit par Négar Djavadi. Que ce conte me ramène aux sources de la famille de Kimia – « Alchimie ». Qu’il m’entraîne à Māzandarān, berceau de la famille, au sein d’un domaine féodal, qu’il m’en présente les membres, les cinq oncles et Darius le père. Que ce conte me montre la puissance des hommes, mais aussi l’importance des femmes, ciment de tout un pays. Qu’il me glisse à l’oreille que ce peuple cultivé nourrissait et entretenait une véritable joie de vivre et de liberté. J’aimerais connaître ces salles d’attente bruyantes et joyeuses, caravansérail entre des murs blancs. Que le tumulte des rires, des cris et des voix emplissent nos rues. J’aimerais aussi que ce conte m’anime du sentiment révolutionnaire comme Darius le père, et Sarah la mère. Si l’Iran m’était conté, il faudrait aussi évoquer l’exil, le sentiment de n’appartenir à nul pays, le besoin de se reconstruire, d’enfanter et de s’ouvrir au monde, avec gourmandise et insouciance. Désorientale. 

Christine Ferniot (lire sept 2016)
 
Une autobiographie pleine de fictions où s’entremêlent l’Iran, l’exil, la famille, l’homosexualité sur trois générations.

Un peu Shéhérazade, un peu rock star, Négar Djavadi s’est inventé une soeur, une jumelle conteuse, amoureuse du désordre et du vacarme, qui se nomme Kimiâ Sadr. Kimiâ vient d’Iran, y a vécu avec sa famille avant de fuir, à 10 ans, vers la France à la fin des années 1970. Dans un monologue qu’elle tourneboule avec fantaisie, la narratrice détaille trois générations d’une sacrée famille persane. Du grand ancêtre Montazemolmolk qui fut à la tête d’un harem de cinquantedeux épouses, à la petite dernière, parisienne branchée. Aujourd’hui, Kimiâ attend patiemment dans un couloir d’hôpital le médecin qui lui annoncera – peut-être – la réussite de sa PMA. Elle a donc tout le temps de réfléchir au passé et à l’avenir dans ces lieux blancs, froids et aseptisés, de reconstituer les souvenirs, de faire des allers-retours entre l’histoire d’un pays et l’aventure familiale.

Le voyage est turbulent quand on croise le beau Darius Sadr, père de l’héroïne, écrivant des lettres sans fin, s’opposant au régime du Shah puis à celui de Khomeiny avec un aplomb de chef éternel que la mort n’effraie pas.

Les oncles vont et viennent, les mères sont des gardiennes de la tradition, les filles rêvent de la France et de ses libertés. On crie, on pleure, on ment, on rit, mais on meurt aussi dans ce livre qui se moque bien de la linéarité. La romancière impose un rythme étourdissant et obsédant, truffe sa narration de flash-back qui donnent le tournis.Désorientale ressemble à une danse, mais ne laisse jamais le lecteur à l’abandon. On suit les destins de ces familles qui ont en commun le désordre et la passion.

Ce premier roman empoigne beaucoup de thèmes et d’événements : l’Iran avec ses tourments politiques et sociaux, une dynastie flamboyante, mais surtout les hésitations d’une fille solitaire qui cherche son chemin entre Orient et Occident, entre homosexualité et procréation. Négar Djavadi est une femme d’aujourd’hui qui a choisi d’écrire une autobiographie pleine de fictions libératoires. Venue du ciné ma, tour à tour scénariste, auteure de théâtre et réalisatrice, elle a préféré le roman pour y glisser ses parenthèses, ses secrets, un peu de chansons et beaucoup de poésie.

Elle fait aussi remonter les parfums d’un pays qu’on connaît mal, qu’elle ne reconnaît plus, mais qu’elle n’a jamais oublié.

 

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