le pays des femmes cachées

Massecritique 22

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Au pays des femmes cachées de Damien DESBORDES

 

J’ai d’abord trouvé ce roman difficile à lire et à comprendre, puis, petit à petit je suis entrée dans l'histoire de cette jeune femme.

Ambre, ou Marlene de son vrai nom, semble avoir perdu la mémoire. On la retrouve plus ou moins emprisonnée dans un puits, ou des hommes viennent  la visiter. Dans sa recherche d’elle même et de sa mémoire, on apprend que sa mère est morte en la mettant au monde, et que son père abusait d’elle. Chose qu’elle trouve tout à fait normal, du fait qu'elle se considère coupable de la mort de sa mère et qu’il faut donc la remplacer sur tous les points. Comme elle trouve normal et agréable, qu’un homme vienne la violer dans sa prison, le soir, quand le campement s’arrête.

D’une écriture parfois crue, mais efficace, l’auteur nous livre une tranche de vie d’une jeune femme en quête de son identité, en pleine tourmente de la guerre à Gaza.

J’ai trouvé l’histoire, parfois choquante, parfois bouleversante.

 

Ce livre ne laisse pas insensible et soulève des sentiments assez forts qui lui octroient le droit d’être classé dans les bons romans de la rentrée.


 

Extraits :

 

Autrefois, Ambre s'appelait Marlene. Selon les papiers qui voulaient lui dresser un état civil, elle s’appelait encore Marlene, et elle avait un nom “de famille” qui ne lui disait rien. Plus personne n’employait ces mots tabous (qui se souvenait ?) : Marlene, famille...Son histoire s’était confondue avec le vaste passé du monde. Un matin, elle s’était réveillée Ambre.

 

Ambre sentait confusément qu’elle aurait pas dû être triste. Mais comment pleurer quand on ne sait pas pourquoi ? Elle se savait en deuil, n’ignorait pas à quel point c’était important et grave, mais elle n’en faisait rien, de son deuil. Elle le portait comme une robe légère, noire dentelle, une robe qui ne remontait pas tout à fait en haut et ne descendait pas tout à fait en bas.

 

Le pays des infidèles, c’était le pays des cailloux avec plus de bruit et moins de passants. ça s'appelait aussi Gaza, allez savoir pourquoi, et c’était très joli malgré la pluis extrêmement froide. En outre on y menait une belle guerre, d’une finesse sans pareille. Terroriste ! braillaient des faces qui n'avaient jamais lu le livre.

 

Intifada, ça voulait dire guerre des pierres, qui voulait dire guerre des roquettes (un nom de salade pour un jouet de combat), qui voulait dire guerre des attentats-suicide : ne vivons pas pour rien, mourons pour tuer.

 

Le soir, il la violait puis les grillons reprenaient leurs chants. Ambre appréciait le rapprochement de ce corps contre le sien parce qu’il était comme une louange. Le viol n’était pas requis. Elle était en captivité car elle l’avait décidé, et ce jeu durerait aussi longtemps qu’elle le voudrait bien. C’était assez agréable de laisser le sang de cet homme qui sentait la laine brute, lentements la conquérir.

 

Le berger n’attendait pas de réponse. Ambre retournait se coucher en frôlant la toile de tente, oubliant qu’elle n’avait pas mangé depuis la veille. Elle pensait à cette guerre qui n’en finissait pas et à un garçon qui l’appelait son petit oiseau blessé et n’avait pas voulu devenir son maître. lL philosophe était revenu dans sa tête.

 

Ambre croyait en avoir terminé avec le rêve de la prison, mais elle se trompait. La prison rode était un point fixe de son existence, presque un symbole. Avec des variations tout juste perceptibles. Ambre retournait en rêve dans le puits, et c’était un des seuls rêves qu’elle parvenait encore à faire.

 

Présentation de l'éditeur

Quasi amnésique, Ambre vit dans un foyer où la visitent des hommes de passage. Elle a perdu le fil de sa vie. En quête d'elle-même et de sa dignité bafouée, c’est pour elle une évidence : elle s'envolera pour le territoire le plus chargé en mémoire et le plus souffrant du globe, la Palestine. Un périple à travers les ruines de son passé (sa mère décédée à sa naissance ; son père abusif qu elle ne peut s empêcher d aimer...). Et par ce voyage elle découvrira un peu de cette terre où s affrontent depuis si longtemps « les infidèles et les mécréants ». Ainsi, réapprenant à se connaître, apprend-elle en parallèle le monde où il lui faudra exister. Parcours de vie, mais surtout parcours de vie intérieure, tant cette héroïne toute de fragilité et de résilience illustre avec justesse la quête aveugle mais déterminée à laquelle est vouée chaque conscience.

Biographie de l'auteur

Damien Desbordes est originaire de Romans-sur-Isère. Après une licence de biologie, il rejoint l'école de journalisme de Marseille (EJCAM). Finaliste du Grand Prix des journalistes de la Chimie, il a publié deux recueils de poèmes aux éditions Stellamaris : La Cité des anges (2012) et Gemmes (2013). À 24 ans, il signe ici son premier roman.

 

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