Le gout du large

Le goût du large de Nicolas DELESALLE

 

L’auteur nous raconte ses rencontres lors de sa vie de journaliste, le temps d’une croisière sur un cargo rempli de containers.

Cela pourrait s’appeler “traversée en enfer”. Au travers ses récits, j’ai découvert les horreurs de certaines contrées lointaines, mais aussi senti des odeurs et des saveurs d’ailleurs.

C’est un livre passionnant, très instructif, où j’ai appris beaucoup de choses. Il est écrit magnifiquement bien et l’auteur nous embarque dans un voyage plein de surprises, bonnes ou mauvaises.

J’ai aimé ce livre que j’ai lu d’une traite.

 

Extraits :

 

Elles portaient le voile obligatoire dans cette région du nord de Sumatra. Charia. Police des moeurs et tout le fatras habituel. le flirt est ici jugé délictuel et on a longtemps rasé les cheveux des femmes qui osaient ne pas porter le voile.

 

J’ai pensé à tous ces marins philippins déracinés. A Ruben, l’éternel célibataire, à Ramis, le steward de 22 ans qui m’a accueilli à bord et m’a donné quelques rudiments de philippin - je sais dire, bonjour, délicieux, merci et je t’aime. Ils sourient toujours, rien ne semble les atteindre, ils gravitent loin de notre univers de citadins grincheux et cet air enjoué malgré la solitude et la rudesse du quotidien m’a rappelé d’autres visages aux yeux aussi bridés que les leurs, croisés très loin de la mer, loin d’ici.

 

C’est l’histoire d’un camion russe et d’un camion afghan qui se font face sur une étroite piste de montagne. ils ne peuvent pas passer. Quelqu’un  doit reculer. Personne ne bouge. Le temps passe. Les chauffeurs coupent leur moteur. Ils attendent, orgueilleux, le dénouement de ce bras de fer psychologique. Soudain, ostensiblement, le Russe sort d’une sacoche un livre. La guerre et la Paix de Tolstoï. Il entame sa lecture, à la page une, bien en vue de l’Afghan. dans sa cabine, l’Afghan jauge la scène, puis ouvre la porte et descend de son camion. il marche nonchalamment jusqu’à la fenêtr du chauffeur Russe et lui dit d’un ton piqué de curiosité : “ça à l’air bien. tu me le prêteras quand tu l’auras fini ?"

 

En première ligne, les manifestants se couvrent le crâne avec des chiffons, des chèches, des casseroles, des couvercles de poubelles, armures symboliques et dérisoires ; quand les pierres s’abattent, elles brisent les crânes et font voler les chiffons dans des gerbes de sang.

 

Nous faisons demi tour parce qu’on ne sait pas où l’on est ni où l’on va. Dans un désert, c’est ennuyeux. Dans un désert hanté par des islamiques qui n’aiment pas les gens qui aiment le saucisson, c’est pénible. On a croisé un village abandonné, rien pas un rat, que des maisons de terre cuite, le vent dans les buissons, des ânes et la sable partout.

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