L'orangeraie


Lechatquilit.e-monsite.com

L'orangeraie de Larry TREMBAY

Ce livre est petit, et fort heureusement, car c'est un concentré d'émotion.
Une fois plongé dans l'histoire, on n'ose plus respirer et on se demande comment on va en ressortir.
Ce livre m'a bouleversé. Il dénonce cette barbarie d'hommes qui ont la lâcheté d'envoyer des enfants se faire exploser au nom de la guerre, d'une vengeance quelconque et même au nom d'un Dieu. 

Amed et Aziz sont jumeaux. Ils ont 9 ans. Leur grand parents périssent sous les bombes. Un jour un homme arrive chez eux et demande à leur père, au nom de la vengeance de sacrifier un des enfants........la suite est une belle histoire entre les 2 frères, mais aussi une ignominie de la part des parents.

Le survivant devra faire sa vie avec la mort de son frère sur la conscience, et découvrira plus tard que ce qu'il pensait est encore loin de la réalité, mais l'horreur dans toute sa splendeur.

Un beau livre très touchant.

Extraits : 

Elle disait aussi : « Un jour, il n’y aura plus de gouttes, il y aura de l’eau, c’est tout. » Elle aurait pu dire : « Un jour, il y aura du sang, c’est tout. »

Le lendemain Aziz lui a dit : Tu n’as pas remarqué ? Les bruits ne font plus le même bruit, et le silence, on dirait qu’il se cache comme s’il préparait un mauvais coup.

Voilà ce que j’aurais fait : j’aurais donné une orange à ton frère, puis une autre à toi. Celui qui aurait trouvé le plus de pépins dans son orange, eh bien, c’est lui qui serait parti.

~ Ne pleure pas, maman. 
~ À quoi ça sert de mettre au monde des enfants si c’est pour les sacrifier comme de pauvres bêtes qu’on envoie à l’abattoir !

Mikaël était secoué. L’enfant qui avait écrit cette lettre d’adieu avait neuf ans. Celui à qui elle était adressée avait le même âge. Mikaël mesurait à quel point la guerre efface les frontières entre le monde des adultes et celui des enfants. Il a remis la lettre à Aziz sans pouvoir prononcer un mot.

ROMANS FRANÇAIS
Enfant kamikaze
Larry TREMBLAY Dans cette très belle fable, un père doit choisir entre ses deux fils pour venger le sang versé.

Estelle Lenartowicz

Voici un extraordinaire petit livre qui, dès les premières phrases, vous prend aux tripes et vous serre le cœur. Venu tout droit du Québec où il a remporté de nombreux prix, ce conte allégorique montre comment la littérature, lorsqu’elle excelle, a le pouvoir unique de questionner notre monde dans ce qu’il a de plus universel et d’actuel. Et qu’elle doit déranger, en nous poussant dans nos retranchements. Et qu’elle peut le faire avec les mots les plus simples, en à peine deux cents pages.
Comme y parvient Larry Tremblay avec cette somptueuse fable sur l’amour filial, la guerre et le courage.
Aziz et Amed sont deux frères jumeaux, âgés de tout juste neuf ans. Ils vivent à l’ombre d’une orangeraie, sur les terres sèches et brûlantes d’un pays qui n’a ni âge ni nom. Sommes-nous en Algérie, en Syrie, en Irak ou peut-être en Palestine? Peu importe, car le propos dépasse largement les frontières du Moyen-Orient.
Depuis que leur école a été démolie par les bombes, c’est leur mère qui leur apprend à lire et à compter. Des bombes qui ont aussi, il y a quelques jours, réduit en miettes la maison de leurs grands-parents, tués dans les décombres. « La vengeance est le nom de ton deuil», expliquera-t-on à l’un des garçons. Et pour venger les siens, il faut répondre au sang par le sang.
Soulayed, un homme important qui quadrille les dunes en jeep, rend visite au père et, mitraillette à l’épaule, lui demande d’offrir l’un de ses fils en kamikaze. Qui d’Aziz ou d’Amed aura bientôt « l’honneur » de mourir en martyr, le corps ceinturé d’explosifs ? Ce sera à Zohal, leur père, de choisir, sans savoir que, dans le plus grand secret, les autres membres de la famille tentent de défier ce terrible destin.
Des enfants-soldats, une mission suicide, perpétrée sur fond de terrorisme et de fanatisme religieux ... La gravité d’une telle intrigue aurait pu, chez d’autres, verser dans le pathos et les sensibleries. Pas de risque avec Larry Tremblay, dont l’écriture frappe d’abord par son incroyable sobriété. La phrase est brève, percutante, éminemment poétique. Les nombreux dialogues, épurés à l’extrême, retentissent comme des sentences. Sans une once de manichéisme, le romancier pose avec adresse, l’une après l’autre, les pièces d’un drame saisissant dans lequel l’intime, le familial et le politique ne font qu’un. Laissant au lecteur le soin de départager le bien du mal, tandis qu’à chaque page résonne le terrifiant tic-tac d’une bombe à retardement.

***L’Orangeraie par Larry Tremblay, 180 p.,La Table ronde, 14,80 €
lire mars 2015

Image 54

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire